dimanche 28 mars 2010
lundi 25 janvier 2010
L’U.S. Army abandonne sa MULE
La nouvelle était prévisible. Elle s’est dernièrement confirmée. L’armée de terre américaine a décidé de tirer un trait (provisoire?) sur le concept de MULE (pour Multifunction/Utility Logistic & Equipment). La MULE était, en pratique, un prototype de véhicule autonome accompagnateur destiné à suivre le soldat sur le terrain d’opération afin de le soutenir sur le plan logistique. La démarche à l’origine de la MULE était de réduire la charge supportée par le soldat lors de son évolution au sol. Aussi, l’idée avait-elle émergé de lui flanquer… un robot bien encombrant ! Dans le langage “diplomatique” de l’U.S. Army, on préfère indiquer que “the Army concludes the MULE in its current design cannot meet the rapidly changing threats, nor meet the Army’s future mission needs”. Soit.
On notera par ailleurs que l’armée de terre a également décidé de suspendre le projet d’un UAV de type FireScout adapté de la cellule du même nom mise au point par Northrop Grummand dans le cadre de l’U.S. Navy et du Marine Corps.
mercredi 20 janvier 2010
Conférence ce 21 janvier sur le thème “Nanotechnologies et Révolution dans les Affaires Militaires” (Maison des Sciences de l’Homme, 54 Boulevard Raspail à Paris)
Dans le cadre du séminaire pluridisciplinaire dédié aux "Mutations et révolutions militaires" co-organisé par l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire (IRSEM), j’aurai le privilège de donner, ce jeudi 21 janvier (à partir de 17.00) à la Maison des Sciences de l'Homme (54 boulevard Raspail à Paris), une conférence sur le thème "Nanotechnologies et révolution dans les affaires militaires – Entre promesses technologiques et technologies de la promesse".
jeudi 7 janvier 2010
A400M: défaitisme ou bataille des communications?
Décidément, il pourrait devenir risqué de parier sur l’avenir de l’A400M à entendre les propos des différents acteurs impliqués (chacun, d’ailleurs, faisant la sourde oreille aux arguments de ses partenaires dans un ballet de communications qui ne constituera pas, à l’évidence, la solution au problème).
En l’état actuel des choses, une certitude existe : personne veut payer. Classique…Oui mais voilà: dans ce dossier, une chose essentielle est de ne pas avoir la mémoire courte. Dernièrement, plusieurs sorties remarquées des industriels et des Etats clients (notamment la France et l’Allemagne) ont visé à reporter sur l’autre la responsabilité des déboires rencontrés par le programme de transporteur militaire. On peut, certes, comprendre les arguments avancés par les pouvoirs publics. Du côté français, on se dit déterminé à ne pas abandonner le programme mais (et ce “mais” n’indique pas pour autant qu’il s’agisse d’une condition posée!) on se refuse à envisager une prise en charge complète des coûts supplémentaires du programme. Du côté allemand, la posture a le mérite – ou l’inconvénient, c’est selon – d’être encore plus nette : on ne rallonge pas un euro de plus ! Sous-entendu : ce n’est pas au contribuable à payer pour les erreurs de l’industriel. Voilà qui est fort justement intéressant ! Comme dans nombre de programmes militaires de haute capacité technologique, il est très rare que les déboires puissent être imputés à un seul protagoniste. Certes, l’erreur d’EADS aura très certainement été de promettre la construction d’un transporteur militaire sur la base d’une logique de développement d’un transporteur civil. Du côté des Etats clients, l’erreur aura sans doute été de penser qu’une telle prouesse industrielle puisse être réalisée (preuve d’un manque de considération de toutes les spécificités des projets technologiques militaires chez certains des responsables de l’époque). A dire vrai, les Etats clients étaient à l’époque relativement pressés de faire passer le projet A400M dans le cahier des charges de l’OCCAR, qui recevait de la sorte son premier véritable programme majeur postérieur à sa fondation! Un ficelage rapide du contrat initial qui affecte aujourd’hui la survie même du projet pour lequel il était bâti.
Alors, bien sûr, on peut polémiquer sur les chiffres. On peut tergiverser sur les retards accumulés (mais quel programme de cette envergure n’a pas de retard?) et sur ceux qui viendront s’ajouter au calendrier. Ceux qui se plaisent, aujourd’hui, à jouer avec le “sort” à réserver au projet ne doivent pas oublier que tout abandon de l’A400M comportera des incidences qui iront bien au-delà de la dimension industrielle. Cette perspective, si elle devait se confirmer, altérerait l’un des fondements mêmes de la politique de sécurité et de défense commune : l’indépendance et l’autonomie d’action que les Etats européens parviennent progressivement – mais assurément! – à établir.
Galileo : EADS Astrium perd face à OHB
EADS Astrium n’est pas parvenu à remporter le contrat de développement des 14 satellites dans le cadre du programme européen de radionavigation et de datation par satellites Galileo. C’est l’allemand OHB qui se verra attribuer le contrat.
Cet échec est à relativiser dans la mesure où EADS aura, dans les prochains jours et les prochains mois, d’autres chats à fouetter : sauver et renégocier le contrat A400M tout en évitant que les déboires rencontrés par le projet de transporteur militaire n’impacte sur la filière civile de l’avionneur.
Source : Tradingsat.com
mardi 5 janvier 2010
Se dirige-t-on vers l’abandon de l’A400M?
Cela se pourrait. La nouvelle rapportée par le Financial Times Deutschland (et relayée par le journal Le Monde) a de quoi laisser perplexe. Mais pour Thomas Enders, les négociations actuellement en cours entre l’industriel Airbus Military et les Etats clients ne semblent pas, a priori, porteuses d’un accord.
Dans le même temps, il faut raison garder. On sait les péripéties multiples auxquelles peuvent être livrés les programmes technologiques civil ou militaire. Souvenons-nous, à ce titre, de Galileo qui a, finalement, été rapatrié dans son ensemble sous la gestion publique de la Commission! Bien sûr, peu de probabilité pour qu’une solution du même acabit puisse survenir pour sauver l’A400M. C’est cela aussi, une fois de plus, la leçon que nous pouvons retirer des difficultés du programme: l’absence de toute instance européenne permanente susceptible de sauvegarder l’intérêt général européen en matière de défense commune.
Mais attendons tout d’abord ce qu’il ressortira des négociations avant de nous avancer.
mardi 22 décembre 2009
Drone d’histoire !
Petit coup de tonnerre dans la communauté de la défense et des affaires stratégiques en date du 4 décembre dernier : l’U.S. Air Force confirmait officiellement les rumeurs selon lesquelles les forces armées américaines mettaient en oeuvre un nouveau prototype de drone en Afghanistan. Désigné RQ-170 Sentinel, cet appareil ne représente pas une rupture stratégique majeur... pour l’heure. Nénamoins, la confirmation selon laquelle l’U.S. Air Force poursuit bel et bien ses efforts de développement d’un nouveau système aérien inhabité génère de nouvelles hypothèses sur la stratégie américaine des moyens dans le secteur des plate-formes autonomes.
C’est le site Ares (Aviation Week [1]) qui, en ébruitant l’affaire, semble avoir contraint le Département américain de la Défense (DoD) à faire une sortie pour le moins inhabituelle sur le sujet. En dévoilant, le 4 décembre dernier, l’existence d’un nouveau drone de reconnaissance et de surveillance, le RQ-170 Sentinel, dans les cieux de l’Afghanistan (dans la région de Kandahar, plus précisément), le DoD a été amené à communiquer sur le dernier né des bureaux Skunk Works, unité en charge des projets « noirs » de Lockheed Martin[2].
De cette annonce, une controverse est née qui porte, indifféremment, sur les sous-systèmes embarqués par la plate-forme, sur les missions réelles qui viendraient à être confiées à terme à l’appareil ou, encore, sur les performances du dispositif en matières de furtivité, de charge utile, de rayon d’action et d’autonomie. Tâchons, dès à présent, de nous pencher sur les hypothèses que nous suggèrent l’existence et le dévoilement de ce projet.
Reconnaissance, combat ou bluff ?
Hypothèse numéro 1 : les forces armées des Etats-Unis poursuivent le développement d’un appareil aérien autonome chargé d’assurer la succession des systèmes de reconnaissance et de surveillance actuellement en service (pilotés et non-pilotés). Depuis plusieurs années, en effet, les forces U.S. investissent dans la mise au point d’un senseur aérien high-tech (désigné Sensorcraft), appelé à intégrer en une seule et unique cellule l’ensemble des moyens existants d’imagerie, d’écoute et de reconnaissance. Le Sensorcraft a pour but d’accueillir une multiplicité de capteurs sophistiqués comprenant, entre autres, l’imagerie hyperspectrale ou encore des radars pour la détection de cibles sous couvert de végétation. Un article de la revue professionnelle C4ISR du mois d’août 2007 constatait que les bureaux Skunk Works semblaient avoir atteint le niveau le plus avancé de conception d’un tel prototype. Ceci en comparaison des efforts déployés par Boeing et Northrop Grumman sur ce même segment[3]. Devons-nous voir dans le RQ-170 Sentinel une première ébauche de ce système ? Probable.
Hypothèse numéro 2 : l’existence du RQ-170 prouve que les Etats-Unis poursuivent leurs efforts en vue du développement d’un système de combat aérien autonome ; l’allure du RQ-170 laissant, a priori, supposer la possibilité d’un emport de munitions en soutes. Le fait que l’appareil photographié soit, pour l’heure, limité à des vols de reconnaissance et de surveillance, ne préjuge en rien des évolutions futures possibles d’un tel prototype qui tendraient, dès lors, vers le développement de drones de combat. Par le passé, l’U.S. Air Force, l’U.S. Navy et la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) avaient conduit un programme conjoint de démonstrateur technologique de drone/senseur de combat, dénommé J-UCAS (pour Joint Unmanned Combat Aerial System). Né de la fusion de deux projets démarrés sur fonds propres par les industriels Boeing (X-45) et Northrop Grumman (X-47), le J-UCAS réunissait l’USAF et l’USN autour d’un programme de développement commun, destiné à tester la faisabilité et l’utilité d’une architecture réseaucentrée de combat dans laquelle les cellules aériennes autonomes étaient appelées à constituer les chevilles ouvrières.
En février 2006, le DoD choisit de mettre un terme au programme J-UCAS afin de le réorienter vers un projet de recherche destiné à concevoir un futur bombardier à long rayon d’action. Au vrai, les véritables raisons de l’abandon du programme étaient à trouver ailleurs. Parmi elles, on pouvait citer les rivalités interservices quant aux spécifications techniques des prototypes, l’absence d’une vision commune de développement entre les services ou encore l’extension immodérée des besoins formulés par l’USAF et l’USN à l’endroit des systèmes. Avec comme corolaire, des dépassements de délais et de coûts laissant craindre que la mise en œuvre de tels drones ne présente aucun avantage comparatif par rapport aux plates-formes de combat pilotées de nouvelle génération (F-22 et F-35).
Pour autant, l’abandon du J-UCAS n’a pas mis fin au développement des sous-systèmes technologiques dont il a accouché. Aussi, dans le courant 2007, l’U.S. Navy a-t’elle confirmé son intention de relancer en propre le défunt projet dans le cadre du programme UCAS-N en visant, notamment, la conception d’un système aérien autonome pouvant opérer depuis ses porte-avions.
Le RQ-170 Sentinel est, pour sa part, développé par Lockheed Martin. Au travers de ce nouveau système aérien autonome, Lockheed Martin pourrait réitérer sa tentative de reprendre la main face à ses concurrents que sont Boeing et Northrop Grumman.
Hypothèse numéro 3 : le dévoilement du RQ-170 se situe au cœur d’une vaste opération de communication et de guerre psychologique principalement à l’adresse de l’Iran voisin. Cette hypothèse est loin d’être négligeable et s’appuie sur des précédents. Il faut ici rappeler que l’exemplaire du RQ-170, surpris à son décollage, a été photographié à… l’aéroport international de Kandahar ! Chacun en conviendra : il est des lieux bien plus appropriés pour conserver des projets de systèmes d’armes dans l’anonymat. Le RQ-170 aurait-il donc été volontairement exposé par les forces armées des Etats-Unis ? Le dévoilement du projet est-il destiné à faire pression sur le régime iranien ou sur tout autre compétiteur potentiel ? Rien ne doit être exclu.
Evolution ou rupture ?
À l’évidence, l’existence officielle du RQ-170 Sentinel nous confirme la volonté affichée par les Etats-Unis de poursuivre le développement d’une forme de combat désengagé (ou sans engagement), quoi que peuvent laisser supposer les dernières décisions de l’Administration Obama. Notons que la revue de posture globale (RPG) des Etats-Unis, adoptée en 2004 sous la Présidence Bush, n’a pas été désavouée par l’actuelle Administration. La RPG peut raisonnablement laisser supposer que la conception de senseurs de combat autonomes avec un niveau de prise de risque humain minimal s’avère essentiel pour compenser la contraction graduelle des bases militaires déployées outre-mer.
Le dévoilement (intentionnel ?) du programme RQ-170 ne doit cependant point nous distraire de la réalité des développements des systèmes d’UAV et d’UCAV aux Etats-Unis. Bien que la prise de risque, caractéristique de la culture technologique américaine, ait pu aboutir à un certain nombre de ruptures techniques en ces domaines, l’histoire du développement des drones aux Etats-Unis est également parsemée d’échecs. Nombre de programmes ont, en effet, subi les effets d’un manque de rigueur dans la définition des besoins et des spécifications par les services. En d’autres termes, la reconnaissance officielle du RQ-170 confirme davantage un certain nombre de tendances connues qu’elle ne nous informe sur des radicalisations technologiques nouvelles.
[1] http://www.aviationweek.com/aw/blogs/defense/index.jsp.
[2] David A. Fulghum, « USAF Confirms Stealthy UAV Operations », Aviation Week, December 4, 2009, cf. http://www.aviationweek.com/aw/generic/story_generic.jsp?channel=defense&id=news/BEAST120409.xml&headline=USAF%20Confirms%20Stealthy%20UAV%20Operations ;
[3] Paul Richfield, « Lokking Ahead », C4ISR : The Journal of Net-Centric Warfare, Defense News Media Group, volume 6, numéro 7, p. 20.
mardi 24 novembre 2009
Oops! he did it...

"Touche pas à ça..." Vous connaissez la suite de cette célèbre réplique de la "Septième compagnie".
Vous verrez qu'à la lecture de ce récit vous n'êtes sans doute pas les seuls :-)
http://www.dailymail.co.uk/news/worldnews/article-1224494/Oops-Civilian-joyride-fighter-jet-pulls-ejection-switch-mistake-lands-scratch.html#ixzz0Voq4q6XP
Premiers tests moteurs pour l'A-400M

Enfin une bonne nouvelle dans ce qui constitue, depuis quelques mois, la saga A-400M.
Airbus Military a procédé aux premiers tests moteurs du transporteur stratégique. Attention, il ne s'agissait pas de réaliser un vol mais de procéder à des essais de type "dry-cranking" et "wet-cranking". En d'autres termes, les essais consistaient, dans un premier temps, à procéder à une mise en route des moteurs sans recours au kerozène mais en générant leur fonctionnant par énergie électrique. Ce n'est que dans un second temps que les moteurs furent testés avec alimentation de kerozène.
On s'en doute, le succès de ces essais moteurs aura certainement permis aux équipes d'Airbus Military de pousser un petit "ouf" de soulagement. Petit car, même si cette étape - ô combien essentielle - représente un préalable majeur à la poursuite des expérimentations, du chemin reste à parcourir avant de pouvoir envisager la mise en oeuvre opérationnelle de l'appareil. Il reste que cette nouvelle ne saurait effacer le revers subi par EADS de la décision prise par l'Afrique du Sud de renoncer à l"acquisition de l'appareil.
Très sévèrement critiqué ces derniers mois pour les retards accumulés (près de quatre années!!!) par le programme (d'une valeur de 20 milliards d'euros), EADS vient de répondre aux reproches qui lui ont été formulés. La Direction d'EADS table, par ailleurs, sur le premier vol de l'appareil avant la fin de l'année 2009. Bien qu'il est compréhensible que certains Etats acquéreurs aient demandé un geste financier de la part d'EADS (dont le chiffre d'affaire a tout de même connu une perte de 87 millions d'euros au troisième trimestre 2009), il serait un peu excessif de crier au scandale sur les retards du programme. D'une manière générale, des programmes technologiques militaires de cette ampleur sont plus enclins que d'autres à être victimes de reports. La crise financière et économique a sans doute aussi poussé certaines capitales à espérer quelques réductions opportunes d'engagement budgétaire sur le programme... C'est de bonne guerre.
Allez, un premier vol d'essai pour la Noël, j'y crois... et vous?
lundi 23 novembre 2009
Les Cahiers du RMES été/automne 2009 disponibles !
Venez vite les découvrir à l'adresse désormais connue : http://www.rmes.be
Bonne lecture !
Armée européenne: les risques d'une chimère

La sortie vient cette fois-ci du Ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini. Elle date du 16 novembre dernier. Dans une interview accordée à la RTBF, ce dernier remettait sur la place publique la proposition de création d'une armée européenne. Les arguments qu'il expose pour défendre la perception qu'il a d'un tel projet sont... désarmants tant ils frôlent, à dire vrai, le simplisme et la caricature. Avant de poursuivre, je tiens à faire une petite mise au point. Je suis un européen convaincu. Et c'est précisément cette conviction dans le projet européen qui m'incite à devoir dénoncer les chimères que quelques-uns se plaisent à véhiculer sur ce qui touche au projet de défense européenne. C'est au nom de cette conviction que je veux démontrer que le projet d'une armée européenne (tel que présenté)... déforce l'idéal européen. Affirmation abérrante? Voyons plutôt...
Reprenons, dans un premier temps, les arguments posés par le Ministre italien. Dans cet entretien, M. Frattini prétend que la création d'une armée européenne permettrait une meilleure coordination entre les pays membres dans le domaine militaire, notamment dans le cadre de l'opération en Afghanistan. "Si nous avions une armée européenne, affirme l'intéressé, l'Italie pourrait envoyer des avions, la France - des chars, la Grande-Bretagne - des blindés et ainsi nous parviendrons à une optimisation de nos ressources". Ma foi, c'est simple! Pourquoi n'y avions-nous pas pensé plus tôt? Quand est-ce que l'on commence?
Oui, mais voilà... une véritable armée ne repose pas sur un cocktail de moyens, basiquement additionnés. En exposant une vision aussi sommaire du projet d'une armée européenne, M. Frattini (mais il n'est pas le seul) trahit d'ailleurs une conception essentiellement quantitative - et donc quelque peu datée - de la stratégie. C'est d'ailleurs du manque d'une réelle vision stratégique que souffre, paradoxalement, une telle proposition. Le Professeur Coutau-Bégarie me pardonnera un tel raccourci mais il est utile de dire qu'une certaine approche de la stratégie implique précisément de faire correspondre les moyens à l'atteinte d'un but. Or, dans le cas de l'Europe de la défense, les moyens restent "désordonnés" et les "buts" exprimés le sont d'une manière pour le moins sibylline. Lorsque je parle, ici, des moyens, il ne s'agit pas d'évoquer la simple accumulation de ces derniers, mais bien de veiller à leur adéquation. Le mot "adéquation" est à considérer dans son acception éthymologique. Il s'agit de viser une "totalité", un "ensemble". A partir de cette acception, il est raisonnable de penser qu'un tel "ensemble adéquat" - ici, le projet d'armée - doit témoigner d'un fonctionnement coordonné dans son double principe d'existence et d'action.
Or, la "coordination" est bel et bien le noeud du problème européen, plus spécifiquement sur un sujet aussi sensible que la défense européenne. Le projet, tel que présenté, d'une armée européenne semble faire fi des variables qualitatives que sont les cultures stratégiques et techniques des pays européens. M. Frattini évoque, certes, l'objectif de coordination, mais omet d'en préciser les conditions de réalisation. L'argument culturel présente, il est vrai, des limites dans sa portée explicative des dissensus stratégiques européens. Il serait néanmoins, une grave erreur que de le déconsidérer en bloc. Je ne commettrai point l'insulte suprême de rappeler que les pays membres de l'Union européenne, restent caractérisés par des cultures stratégiques particulières. Ces cultures stratégiques, qu'on le veuille ou non, impactent, aujourd'hui encore, dans une certaine mesure, sur les choix en matière d'armement et de programmes d'acquisition. Affirmer qu'il suffit de cumuler les chars français, les blindés britanniques et les avions italiens pour optimiser les ressources est donc plus que réducteur.
Qualifier une armée d'"européenne" risquerait, par ailleurs, d'affecter les pays qui, extérieurs à l'UE, participent pourtant activement, dans la mesure de leurs moyens, aux opérations de l'Union. Nous avons, pour l'heure, des missions européennes sous bannière internationale ou, à l'inverse, des missions internationales avec des éléments européens, peu importe. Il reste que l'étiquette "européenne" risquerait fort d'altérer la visibilité des Etats qui, tout en n'étant point membres de l'UE, participent au succès de ses missions. Une armée européenne ne saurait s'inscrire dans une approche exclusive.
Autre élément à prendre à considération : la motivation réelle qui se situe derrière l'idée. Malheureusement, il est très rare que l'idéal-type d'une armée européenne soit évoqué dans un but... européen. Ce sont, le plus souvent, des considérations nationales d'ordre intérieur qui poussent les représentant de certains Etats membres à défendre le concept d'une armée européenne. Ce projet est donc rarement - voire jamais - envisagé à l'aune d'un objectif européen mais souvent mobilisé pour des raisons d'ordre interne par les Etats. Et c'est bien la perspective, erronée, d'économies budgétaires, qui se situe à la base des arguments des défenseurs d'un tel projet. Or, il est loin d'être acquis que la création d'une armée européenne - allez, admettons son existence juste pour l'exercice - puisse être facteur d'économies. L'interopérabilité des matériels, l'entraînement en commun des hommes, les impératifs de communication, la révision des calendriers de rotations nationales des moyens (oui, on oublie souvent cet aspect des choses!), supposeront plus que probablement des coûts fixes additionnels. Bref, le "retour sur investissement" ne risque pas d'être immédiat et ne collerait pas avec le calendrier des échéances électorales de nos décideurs politiques européens.
Si l'idéal-type d'une armée européenne peut - et doit - être un concept mobilisateur, il importe de ne pas oublier que la défense européenne exige avant tout des démarches pragmatiques, des logiques de construction qui prennent en considération les sensibilités les plus diverses. Bien sûr, des non-sens persistent. Et ils se révèlent extrêment douloureux lorsqu'ils peuvent entraîner des conséquences budgétaires ou, pire, affecter la sécurité des hommes sur le terrain. Il n'en reste pas moins que le fait de lancer à l'opinion publique l'idée d'une "armée européenne" comme on lance, dans le désespoir, son "va-tout" dans un jeu puisse substantiellement apporter une pierre solide à l'édifice de la défense européenne.
lundi 26 octobre 2009
The Iranian Nuclear Dilmma - Conférence de l'Institut Royal Supérieur de Défense le mercredi 18 novembre 2009

Le mercredi 18 novembre 2009, l'Institut Royal Supérieur de Défense aura le plaisir d'accueillir dans le cadre de son cycle de conférences du soir 2009 - 2010, Messieurs Emanuele Ottolenghi (Directeur du Transatlantic Institute) et Tom Sauer (Professeur à l'Université d'Anvers) pour venir débattre du dilemme nucléaire iranien.
La conférence se tiendra à partir de 17 heures au Centre de conférence de l'Ecole Royale Militaire (Campus Renaissance, entrée Rue Hobbema, 8 à 1000 Bruxelles) et sera suivie, aux environs de 18 heures, d'une séance de questions/réponses.
Pour toute information complémentaire ou inscription, prière d'adresser un courrier électronique via le formulaire que vous trouvez en suivant ce lien.
vendredi 23 octobre 2009
Un monde dénucléarisé est-il possible?
Il est pratiquement impossible de passer à côté du dossier principal qui occupe pour l’heure le débat stratégique international. Celui, plus exactement, qui consiste à nous interroger, depuis la déclaration faite par le Président Obama devant l’Assemblée générale des Nations Unis, sur le caractère souhaitable et réalisable d’un monde dénucléarisé. Alors? Faut-il être pour ou faut-il être contre?
Qu’on me permette en préambule de souligner que, posée dans les termes d’une disjonction exclusive, la question dont la portée existentielle n’échappe à personne, est – volontairement? – biaisée. En effet, “faut-il” réellement s’inscrire en soutien ou en opposition d’un monde nucléarisé? La thématique ne suppose-t-elle pas, par définition, une analyse toute en nuance dont la vertu serait précisément d’échapper aux radicalités de positionnement? Ajoutons, par ailleurs, que la dimension existentielle de la question (l’hypothèse, toujours probable, d’une destruction de l’humanité) a, depuis longtemps, été confisquée par les idéologies les plus diverses. Au point, comme le faisait d’ailleurs remarquer André Dumoulin dans une carte blanche parue voici quelques mois dans le quotidien Le Soir, de conduire à des incohérences, des non-sens.
N’étant pas un spécialiste de la question nucléaire proprement dite, je tâcherai en tout humilité de proposer quelques éléments de réflexion en rapport à ce débat.
Il me semble que les tenants d’un monde dénucléarisé – désignons les provisoirement “antinucélaires” – se trompent foncièrement de cible. A mon sens, la question n’est pas de savoir si un monde sans armes nucléaires est souhaitable (ou envisageable). Car, en vérité, la seule vraie question est de savoir si l’Humanité est en mesure de vivre en ne disposant plus des moyens qui lui permettent d’imaginer sa propre anhiliation ou, à tout le moins, l’annihilation complète de son adversaire, quel qu’il puisse être, au demeurant. La perspective proposée ici est radicalement différente de celle véhiculée par les anti et les pro-nucléaires. En effet, si l’arme nucléaire constitue, à l’heure actuelle, l’Arme de la destruction absolue par excellence, il n’est pas dit qu’elle puisse demeurer le seul et unique moyen, à l’avenir, de conduire à l’effacement de l’Humanité. Il est souvent dit que le nucléaire ne “se désinvente pas”. Sur le plan technique, cette affirmation est on ne peut plus fausse. C’est lorsque nous la portons au plan de la Technologie, c’est-à-dire au plan du discours sur la technique et des connaissances qui s’y rapportent, que cette affirmation prend, en effet, tout son sens. La Technologie qui permet, aujourd’hui, à l’Humanité d’envisager sa destruction la plus complète n’est pas en passe d’être abandonée. Mais cette Technologie ne sera pas seulement nucléaire. Sans doute, même, l’arme nucléaire consituera-t-elle, à l’échelle de l’Humanité entière (que je souhaite la plus longue possible), une paranthèse presque conjoncturelle.
Le combat mené pour la dénucléarisation du monde est un combat perdu parce qu’il constitue tout simplement un combat sans objet stable. Qu’on le veuille ou non, l’Humanité a pris goût à la perspective de sa propre dévastation et l’arme nucléaire ne représentera que l’un des nombreux moyens à venir que l’Homme développera en vue de l’accomplissement de cette fin théorique et absolue, par l’accroissement de ses connaissances. Je souhaiterais, ici-même, restituer une réflexion très éclairante posée par l’historien britannique Arnold J. Toynbee dans l’opuscule synthétique qui fut édité sur le thème “Guerre et civilisation”:
“Dans une seule génération, affirme l’auteur, nous avons appris, par la souffrance, deux vérités fondamentales. La première est que la guerre est une institution toujours en vigueur dans notre société occidentale, la seconde, que dans les conditions techniques et sociales présentes, toute guerre dans le monde occidental ne peut être qu’une guerre d’extermination. Ces vérités se sont imposées à nous parce que nous avons vécu les guerres générales de 1914-1918 et de 1939-1945, mais ce que celles-ci ont de plus inquiétant, c’est qu’elles ne furent pas des calamités isolées ou sans précédent. Elles font partie d’une série, et, lorsque l’on considère cette dernière dans son ensemble, on s’aperçoit que ce n’est pas simplement une série, mais une progression. Dans l’histoire récente de l’Occident, les guerres se sont succédées avec un degré croissant d’intensité et dès aujourd’hui, il est manifeste que la guerre de 1939-1945 ne constitue pas le point culminant de ce mouvement ascendant. Si la série se poursuit, la progression sera indubitablement portée à des degrés toujours plus élevés, jusqu’à ce que ce processus d’intensification des horreurs de la guerre se termine un jour par l’auto-destruction de la société.”
Le discours de la dénucléarisation pose aussi quelques difficultés sur le plan technique. La miniaturisation des vecteurs et des charges a conduit à réduire le hiatus béant qui pouvait, un temps, exister entre, d’une part, les bombes conventionnelles et, d’autre part, les armes nucléaires (qui se différencient tout de même des premières par l’émission de radiations). Se pose, dès lors, la question suivante : à partir de quel seuil de destruction, un armement doit-il être banni? Une bombe conventionnelle caractérisée par un niveau de destruction se situant à la frontière du niveau de destruction d’une arme nucléaire doit-elle être considérée comme non-problématique parce qu’elle ne figure pas précisément dans le registre du nucléaire? Je ne prétends aucunement disposer de la réponse à cette question. Les débats qu’elle peut susciter se révèlent, toutefois, extraordinairement complexes! Et ils devront être posés.
Bien sûr, les défenseurs du principe de la préservation des armements nucléaires font reposer leurs arguments sur des bases non moins discutables. Certes, il semble, en apparence, que l’arme nucléaire ait contribué à établir une stabilité relative dans les rapports entre les puissances (et, plus spécifiquement, entre puissances nucléaires). Les quelques 64 années qui se sont écoulées depuis le premier essai atomique américain semblent confirmer, non seulement, que l’Humanité peut vivre avec la conscience de disposer de l’Arme absolue, mais, plus encore, qu’il serait de son intérêt de maintenir un armement dont la nature aurait le mérite de structurer les rapports internationaux entre les Etats. En d’autres termes, dans la période trouble que nous vivons depuis la fin de la guerre froide, la conscience de connaître le plafond de destruction que l’Humanité se refuserait de dépasser est, à certains égards, rassurant. Oui, mais voilà. Que représentent ces 64 années à l’échelle de l’Histoire de la guerre et de l’Humanité? Sommes-nous certains que la détention de l’arme nucléaire conduise réellement au développement, parmi les décideurs politiques d’un Etat nucléaire, des mêmes rationalités? Là aussi, toute tentative de réponse pose une série de conjectures qui se multiplient sous nos yeux.
Au final, la différence qui existe entre les anti et les pro-nucléaire peut-être résumée comme suit : tandis que les partisans du nucléaire fondent leurs arguments sur le monde tel qu’il a été, les anti-nucléaires fondent les leurs sur le monde tel qu’il devrait être. Quelle est, parmi ces deux postures, la plus dangereuse? A chacun de se forger son opinion.
Pour conclure ce billet, je rappelerais les propos pour le moins contrastés que tinrent, d’une part, Robert “Oppie” Oppenheimer et, d’autre part, Kenneth Bainbridge, tous deux physiciens du projet Manathan, lorsqu’explosa Trinity, la première bombe A de l’histoire de l’Humanité. Lorsqu’il assista à l’explosion, Oppie évoqua la citation du Bhagavad Gita : “Je suis Shiva, destructeur des mondes”. Kenneth Bainbridge, face au même “spectacle”, tint un langage certes moins poétique, mais tout aussi perspicace en déclarant à Oppenheimer : “Now we are all sons of bitches” (l’expression anglaise contrastera moins avec la hauteur à laquelle prétend s’élever ce billet :-). Les deux hommes, on le sait, finirent par s’engager résolument contre les essais et le développement des armes nucléaires. Ce qui n’est pas sans présenter quelques contradictions surprenantes quant on sait l’investissement considérable que consacrèrent les deux physiciens au développement de la Bombe !… Mais, le débat nucléaire d’hier et d’aujourd’hui n’est-il pas, justement, condamné à véhiculer les contradictions les plus étonantes?
mardi 20 octobre 2009
La tyrannie de la technique sur la pensée
Ce lundi 19 octobre, Martin van Creveld, professeur émérite de l'Université hébraïque de Jérusalem, expert de l'histoire de la guerre et auteur de nombreux ouvrages de référence en stratégie, nous a fait l'honneur de sa présence en tant qu'orateur de notre cycle de conférences du soir à l'Institut Royal Supérieur de Défense. A plus d'un titre, l'exposé qu'il a réalisé restera, sans nul doute, dans les annales de notre institut. L'éloquence et, à certaines occasions, la fougue de l'expert y ont très certainement contribué. C'est, par ailleurs, en de telles occasions que nous pouvons mesurer le différentiel, parfois extraordinaire, de perception des problèmes de sécurité selon que nous nous vivons et évoluons dans une zone en crise ou dans une région qui a bénéficié de plus de cinquante années de « paix relative » mais néanmoins concrète.
Sans remettre en cause l'expertise de celui qui figure parmi les penseurs les plus prolifiques et les plus écoutés des « Princes » dans le domaine de la stratégie, je ne peux m'empêcher de revenir sur quelques points de l'exposé qui, à mon sens, me paraissent problématiques, voire générateurs de quelque paradoxe.
Je constate que Martin van Creveld voit dans la Technique l'un des éléments stabilisateurs de l'environnement stratégique. Constat, me direz-vous, assez étonnant quant on sait la vergue avec laquelle l'orateur défend l'idée selon laquelle l'avenir de la guerre sera constitué de conflits de basse intensité (expression avec laquelle je me suis souvent senti mal à l'aise tant elle ne reflète qu'imparfaitement l'intensité des opérations qu'elle peut recouvrir). Plus précisément, Martin van Creveld voit dans l'arme nucléaire l'élément stabilisateur par excellence des relations internationales et stratégiques. Certes, on ne peut a priori nier ce qui constitue, à l'évidence (mais méfions nous d'un tel terme!), une des grandes leçons de l'Histoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais là où je ne rejoindrai point l'orateur c'est lorsqu'il affirme que l'extension des détenteurs de l'arme nucléaire conduirait, de façon quasi-mécanique, à une extension du degré de paralysie stratégique de l'environnement international. Sur ce point, Martin van Creveld semble gravement déconsidérer le poids qu'exerce la représentation qu'une communauté de dirigeants peut se faire d'une telle force de frappe et qui ne réside pas forcément, comme semblait le laisser penser les propos de l'expert, en une logique de non-emploi. Surtout, le degré de « raffinement technique » de l'arme nucléaire impacte, forcément, sur la marge de manœuvre dont disposera l'Etat « possesseur » quant à la destination finale de l'arme (dissuasion ou première frappe). A cela, s'ajoute l'hypothèse, toujours théoriquement possible mais pratiquement improbable, de la décision gratuite... mais j'entends déjà la voix de mon ancien Professeur, Jean Barrea, me rappeler à mes cours passés sur les conditions et les possibilités offertes par l'arme absolue!
Martin van Creveld a, également, tenu des propos pour le moins radicaux sur l'avenir promis, selon lui, aux systèmes de force conventionnels. Chacun y a pris pour son grade... et son arme... mais avec le sourire. Là aussi, je ne peux totalement rejoindre les affirmations de l'orateur. Affirmer que systèmes d'armes terrestres, navals, aéronautiques confondus sont tous, sans exception, promis à un déclin inévitable est aller quelque peu vite en besogne. Dans son allocution, l'orateur affirmait qu'après avoir comparé l'évolution des principales forces aériennes des puissances militaires de la planètes, une tendance claire s'était, à ses yeux, dégagée : toutes les forces aériennes prises en considération avaient connu une réduction d'un tiers de leurs arsenaux aériens. Certes, on ne peut remettre en question la validité de cette analyse quantitative. Mais elle néglige justement la dimension qualitative. L'envergure des missions et l'évolution des doctrines d'emploi des systèmes d'armes aériens – puisque ce sont de ceux-là précisément dont il est question – ont connu des modifications substantielles. En d'autres termes, il me semble que l'on peut faire aujourd'hui mieux et plus avec moins. Par ailleurs, la réduction constatée de l'arsenal ne s'explique pas seulement par « l'inutilité » intrinsèque soudaine du système d'arme considéré mais aussi, peut-être et certainement, par la réduction des budgets de défense sur l'autel du partage des dividendes de la paix, de la répartition de la croissance (quand elle existe) ou de la recherche de l'équilibre budgétaire (quand il fait conjoncturellement défaut). L'analyse de l'orateur ne procède donc pas à une analyse rigoureuse des variables multiples à prendre en considération dans un tel examen.
Enfin, une dernière remarque qu'a soulevé, de façon très pertinente (comme toujours), mon confrère Thomas Renard, c'est la limite de la portée prédictive de l'observation faite par l'orateur sur la capacité de nos forces armées à venir à bout du terrorisme. Si, comme l'indique Martin van Creveld, on a aucun exemple d'armée régulière parvenue à vaincre un groupe terroriste (encore que cette affirmation devrait être mieux analysée), il n'existe pas plus de cas de figures attestant d'une victoire incontestable de groupes terroristes sur des armées ou forces régulières (même si, dans une certaine mesure, la défaite est souvent transformé par le mouvement terroriste en victoire au niveau du symbole).
Comme vous le constaterez, l'allocution de Martin van Creveld, a – c'est le moins que l'on puisse dire – suscité un débat nourri. Pour ma part, et bien que je ne partage pas les convictions et observations de l'orateur, force est de constater qu'il présente une immense qualité : celle de réussir à susciter dans son audience des passions constructives et des réactions qui nous empêchent, reconnaissons-le, de verser dans un régime de « pensée unique et molle ».
Merci donc Professeur !...
dimanche 18 octobre 2009
Le nouveau plan antimissile d’Obama ou… comment placer les Européens au pied du mur
Dans l’édition du 5 février 2009 d’"Europe, Diplomatie & Défense”, les premiers mouvements de l’Administration Obama sur le délicat dossier de l’antimissile me poussaient à écrire ceci :
“D’un excès de garantie de sécurité - essentiellement située dans le discours et, de ce fait, perturbatrice des équilibres stratégiques et des mécanismes de dissuasion nucléaire -,l’Europe passerait à un déficit d’assurance, notamment au niveau de son flanc Sud-Est. Cette conjecture placerait de facto les Européens de l’Alliance et les États membres de l’Union européenne au pied du mur et signifierait qu’il serait désormais de la responsabilité de l’Europe de concevoir son apport à une éventuelle protection antimissile mais surtout de se définir une vision stratégique nouvelle qui intègre cette donnée. Et ce dans un contexte marqué, si les experts le confirment dans les prochains jours, par l’accroissement du potentiel spatial iranien. Or, on sait la réticence des diplomaties nationales, tant au niveau de l’UE (une révision intégrale de la stratégie de sécurité européenne n’a pas su aboutir) que de l’OTAN (au niveau des discussions sur un hypothétique nouveau concept stratégique), à poser ces interrogations fondamentales ; un exercice qui reviendrait à ouvrir une boîte de Pando”
Il semble que les dernières avancées des Etats-Unis sur la révision de l’architecture antimissile US et, surtout, les résultats qui semblent avoir été engrangés lors des récents pourparlers avec la Pologne et la République tchèque, tendent à confirmer que les Etats-Unis contraignent les Européens implicitement l’ensemble des Etats européens à se définir une posture sur la question de la défense antimissile.
Plus exactement, le nouveau plan de l’administration envisage l’installation d’une trentaine de batteries de missiles SM-3 en Pologne d’ici 2014 (avec un centre de commandement basé en République tchèque), comme le rappelle Nicolas Gros-Verheyde sur son blog. Nombre d’exprtes soulignent, cependant, que le SM-3 pourrait ne pas se révéler un vecteur optimal dans la mesure où il pourrait se révéler sensible aux leurres.
Mais qu’à cela ne tienne. Pour pallier aux insuffisances éventuelles des SM-3, l’Administration Obama pourrait compter – dans son approche “inclusive” du dossier – sur la participation des programmes européens en matière d’antimissile. Toutefois, si l’Europe dispose bel et bien du savoir-faire et de l’expertise technologique et industrielle en la matière (cf. les programmes ASTER, MEADS [en coopération avec l’US Army]), il reste aux Etats européens à sauter le pas en vue d’entamer une réflexion sur une défense antimissile parcellaire de territoire (même si cette réflexion existe d’ores et déjà au sein de l’OTAN).
Un débat à suivre de près…
samedi 17 octobre 2009
Contribuez au débat public sur les nanotechnologies sur Agoravox !
Pour ma part, ayant été invité à contribuer/animer des débats sur les perspectives d'emploi militaire des nanotechnologies et sur les risques sécuritaires qui leur sont associés, je posterai diverses contributions thématiques sur ces sujets, que ce soit sur Agora Vox ou sur les pages de ce blog.
lundi 12 octobre 2009
Nouvelle note d’analyse de la Chaire InBev Baillet-Latour sur les relations Union européenne-Chine de l’UCL
Je signale, également, la parution récente de la nouvelle note d’analyse de la Chaire InBev Baillet-Latour sur les relations Union européenne – Chine de l’Université catholique de Louvain où mon confrère Tanguy Struye fait un boulot formidable (de cette façon, j’obtiens son pardon pour tous les articles que je lui remets en retard) !
http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/pols/documents/NA5-INBEV-FULL.pdf
Au passage, vous pouvez également relire ma note sur les ambitions spatiales chinoises disponible à l’adresse suivante : http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/pols/documents/NA4-INBEV-FULL.pdf
Bonne lecture !
Antimissile : le dessous des cartes
Pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de le lire, je vous invite à parcourir la réflexion posée par André Dumoulin et moi-même dans la Libre Belgique du 25 septembre dernier.
http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/531126/antimissile-le-des-sous-des-cartes.html
Bonne lecture !
dimanche 11 octobre 2009
The Good Enough Revolution: When Cheap and Simple Is Just Fine
Je vous parlais dans mon précédent billet du concept de “Good Enough” en étude des technologies et vous citais, plus exactement, un article de la revue Wired à ce propos.
Le voici. Il comporte des données intéressantes sur le domaine applicatif des technologies militaires.
Bonne lecture !
The Good Enough Revolution: When Cheap and Simple Is Just Fine
RIA Novosti - International - ABM: Washington ne change pas ses projets (médias) selon des experts russes
C’est là, somme toute, l’une des évidences (in)consciemment passée sous silence dans ce dossier sur l’antimissile américaine : la déclaration du Président Obama constitue, avant tout, une réorientation du projet de déploiement élaboré par l’Administration Bush. Elle n’est, en rien, l’affirmation d’une renonciation à l’établissement du système comme nous l’évoquions André Dumoulin et moi-même dans une opinion parue dans La Libre Belgique du 25 septembre dernier. Cette décision est-elle motivée par des facteurs exclusivement économiques? Pas sûr. Même si le contexte de la crise économique aura très certainement pesé d’un certain poids. Des motifs technologiques viennent, de la même manière, à l’appui de la révision d’architecture envisagée par le Président Obama. En effet, compte tenu du fait qu’une défense antimissile ne saurait garantir une couverture à 100% efficace, il semble que l’Administration soit désormais tentée par un système, disons, du type “Good Enough”; un paradigme très tendance selon la dernière livraison de la revue Wired.
Bref, il est très loin d’être acquis que la décision de la nouvelle Administration américaine se soit voulue uniquement un message en direction de Moscou et de Téhéran.
En attendant et pour alimenter votre opinion sur le sujet, je vous invite à parcourir les réactions russes…
RIA Novosti - International - ABM: Washington ne change pas ses projets (médias)
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